Vos photos sont floues ? Je vous dis pourquoi et surtout comment y remédier

Problème de profondeur de champ

Maintenant que vous savez tout sur l’exposition (sinon je vous invite à aller lire l’article qui en parle), on va discuter d’un des principaux problèmes qu’on rencontre en débutant: les photos floues.

Je sais à quel point ça peut être frustrant, vous avez un nouvel appareil photo tout beau tout neuf, vous en avez profité pour prendre toute la famille en photo et lorsque vous regardez les photos sur votre écran d’ordinateur, oh malheur, la plupart des photos sont vraiment floues ou pas tout à fait nette (le cas le plus fréquent) et peuvent partir à la poubelle. Parce que oui, si le sujet est flou sur votre photo, désolée de vous l’annoncer mais on peut difficilement le corriger en post-traitement (contrairement à une photo un peu trop sombre ou trop claire par exemple qui pourra être plus facilement ajustée à postériori) donc il vaut mieux l’éviter dès le départ ! Voyons donc déjà quels sont les principales raisons qui font que votre photo est floue:

Les raisons du flou

Il y a différentes raisons qui font que votre photo peut être floue et elles peuvent même se cumuler. On va d’abord les lister et voir comment les reconnaître et puis je reviendrai en détail sur chacune d’entre elles pour vous expliquer comment les éviter:

1. La mise au point ne se fait pas au bon endroit

Alors commençons par la principale raison du flou chez les débutants, l’erreur de mise au point. C’est ce qu’il se passe par exemple lorsque vous faîtes un portrait et que votre appareil fait la mise au point sur l’arrière plan et non sur la personne en question. Si vous avez une grande ouverture (et donc une zone de netteté très faible), les éléments trop en avant ou en arrière du plan de mise au point seront flous.

On reconnait l’erreur de mise au point lorsque que la photo est nette à certains endroits mais pas là où vous vouliez qu’elle le soit

Pour vous donner un exemple, ci-dessous sur la photo de gauche, la mise au point est fait au niveau de la plante en dessous et non de la rose qui est le sujet principal de la photo. Dommage on peut recommencer la photo, cette fois-ci en sélectionnant bien le centre de la rose et on obtient un résultat bien plus sympa à gauche.

Dans cet exemple, la mise au point est clairement ratée, on peut le voir sur l’écran de l’appareil et recommencer.

Là où ça peut être plus subtil c’est lorsque la mise au point est faite légèrement en avant ou en arrière par rapport au sujet. On ne le détecte pas toujours à première vue et c’est sur un écran d’ordinateur qu’on s’en rend compte. Par exemple sur un portrait où la mise au point est faite un peu en avant de l’œil de la personne comme dans ce cas là où la mise au point a été faite de façon automatique sur la barre de la poussette et les mains au lieu des yeux :

Mise au point légèrement en avant
Mise au point légèrement en avant

2. Vous avez bougé !

On sait tous qu’il ne faut pas bouger lorsqu’on prend une photo, et pourtant une des raisons principales du flou chez les débutants, c’est ce qu’on appelle le flou de bougé du photographe. Il faut dire aussi que votre appareil photo est très sensible aux mouvements et même lorsque vous avez l’impression d’être stable, vous faites des micro mouvements qui peuvent se ressentir sur votre photo si vous utilisez une vitesse de prise de vue trop lente. Il faut savoir aussi que plus vous utilisez une grande focale, plus votre appareil est sensible au mouvement. Ainsi, pour une même vitesse de prise de vue, votre photo peut être nette avec une focale 50mm et floue si vous zoomez à 200mm.

Pour reconnaître le flou de bougé, c’est facile ! L’ensemble de votre photo va manquer de netteté.

Par exemple sur la photo à gauche ci-dessous, j’ai bougé légèrement lors de la prise de vue et on peut voir qu’il n’y a aucun endroit où la photo est nette contrairement à la photo de droite ou j’ai pris soin de bien stabiliser l’appareil:

3. Votre sujet est en mouvement

Même lorsque vous ne bougez pas, il arrive souvent que ce soit votre sujet qui soit en mouvement et votre vitesse est trop lente pour figer le mouvement. Cela peut donner des effets intéressants ou des photos totalement ratées, comme celle la par exemple:

Flou de mouvement
Flou de mouvement

Le flou de mouvement est facile à repérer, votre sujet a bougé et il est flou tandis que le reste de la photo est nette.

4. La profondeur de champ est trop réduite

Si vous utilisez un objectif avec une grande ouverture (vous vous souvenez dans l’article sur l’exposition, c’est quand le chiffre après f/ est petit comme f/1.8 par exemple), votre photo peut être floue parce que la profondeur de champ est trop réduite par rapport à votre sujet. Du coup même si vous avez bien fait la mise au point sur votre sujet (et donc vous avez évité l’erreur numéro 1, bravo !), vous vous retrouvez avec une partie de la photo floue alors que ce n’était pas voulu.

Par exemple ici, j’ai utilisé un objectif avec une ouverture de f/8 à 175mm et donc la zone de netteté est très faible. Du coup, même si le centre de la fleur est net, le bord des pétales à l’avant ne l’est plus vu qu’il n’est pas dans la zone de netteté:

Problème de profondeur de champ
Problème de profondeur de champ

On repère le problème de profondeur de champ lorsque votre sujet est partiellement net mais que le reste autour est flou.

5. La sensibilité est trop élevée

Si vous prenez des photos dans des conditions de faible luminosité, il se peut que vous ayez besoin d’utiliser une sensibilité élevée (un nombre ISO important, comme 64000 ISO par exemple) pour avoir des photos suffisamment exposées. Le problème, c’est que cela entraine du grain sur la photo et peut donner une sensation de flou sur le rendu final.

Pour savoir si vous êtes dans ce cas la, il suffit de vérifier la sensibilité de la photo et de voir à combien elle est comparé au maximum possible avec votre appareil

6. Vous utilisez un zoom numérique

Selon l’appareil que vous possédez, il est peut être pourvu d’un zoom numérique (par exemple les bridges) qui permet de prolonger le zoom optique initial. Le problème avec le zoom numérique, c’est qu’il grossit l’image en augmentant artificiellement le nombre de pixels et en interpolant le résultat, du coup l’image n’aura pas une bonne définition et ne semblera pas aussi nette qu’avec l’utilisation du zoom optique. Sans compter le fait que plus vous zoomez et plus vous êtes sensible au flou de bougé, donc on a risque encore plus élevé de photo floue.

Ce cas est facile à identifier puisqu’il dépend de votre matériel et du moment à partir duquel il bascule en zoom numérique. Si vous disposez d’un reflex, pas de soucis à se faire de ce coté là vu qu’il n’y a pas de zoom numérique (un problème en moins !)

7. Vous shootez en RAW sans post-traitement

Si vous prenez vos photos au format RAW et que vous les regardez ensuite sur votre écran d’ordinateur sans aucun retraitement, il se peut que vous les trouviez un peu moins nette que la photo JPEG associée et ce pour une raison très simple, la photo JPEG est déjà retraitée de façon automatique par votre appareil photo, et parmi tous les paramètres qui peuvent être modifiés post-traitement, il y en a un qui s’appelle l’accentuation et qui permet d’améliorer la netteté de la photo. Du coup sur une photo RAW qui sort de façon brute de votre capteur, ce paramètre est à zéro et c’est à vous de retraiter l’image avec un logiciel de post-traitement pour accentuer les contours et obtenir un rendu plus net.

Comment obtenir des photos nettes en pratique

Bon maintenant que vous savez repérer la (ou les) cause du flou, on va voir le plus important, comment l’éviter en pratique:

1. Un(e) photographe stable (ou un trépied)

Pour éviter au maximum le flou de bougé, il faut vous assurez que vous tenez correctement votre appareil photo, notamment si vous avez un reflex. Et oui, ce n’est pas un téléphone portable, on ne le porte pas à bout de bras, on le tient avec les coudes contre le corps et on cale sa main dessous pour éviter de le faire bouger en appuyant sur le déclencheur.

Comme une image vaut mieux qu’un long discours, voila la façon de tenir votre appareil si vous voulez des images nettes:

Je vous conseille aussi de retenir votre respiration au moment de déclencher pour éviter de bouger. Pour quelques dixièmes de seconde, ça n’est pas si compliqué, il suffit de prendre l’habitude.

Bien sur, si vous êtes dans des conditions lumineuses difficiles et que le temps de pose est trop long, ça va être compliqué de rester immobile et d’éviter le flou de bougé. Dans ces cas là, une seule solution: le trépied. Cela permettra à votre appareil d’être stable même sur des temps de pose de plusieurs secondes comme ici par exemple où j’ai utilisé un trépied pour exposer pendant 2 secondes:

Brooklyn Bridge
Brooklyn Bridge – Pose de 2 secondes

Et puisque qu’on a un super trépied qui nous donne de la stabilité, on évite de tout gâcher en appuyant sur le déclencheur et en faisant bouger l’appareil à ce moment-là, on prend une télécommande ou on utilise le retardateur pour que l’appareil soit stable au déclenchement.

2. Adapter la vitesse

Maintenant que vous tenez votre appareil bien fermement, on va s’attaquer à la technique et surtout la vitesse de prise de vue. Plus vous allez prendre une photo rapidement et plus vous allez « figer » le mouvement. Et ça marche à la fois pour votre mouvement a vous (qui entraîne le flou de bougé) et pour le mouvement de votre sujet (qui entraîne le flou de mouvement).

Il faut savoir que pour le flou de bougé, plus vous utilisez une grande focale et plus votre appareil est sensible aux micro-mouvements. Heureusement, il y a une règle simple à retenir pour éviter le flou, c’est la vitesse de sécurité:

La vitesse de prise de vue doit être supérieure à la longueur focale

Par exemple si vous prenez une photo à 50mm, il faut que la vitesse soit plus rapide que 1/50ème de seconde. Si vous utilisez une focale de 200mm, il ne faudra pas dépasser 1/200ème de sec.

Bien sur c’est une règle générale qui n’est pas valable 100% des cas mais ça vous donne un ordre d’idée des vitesses à utiliser.

Pour pallier au flou de mouvement par contre, il va falloir adapter sa vitesse à la vitesse du sujet. Si vous prenez un portrait d’une personne statique, elle va légèrement bouger mais pas à la même vitesse qu’une voiture de formule 1 ou qu’un colibri en vol.

Pour vous donner un ordre d’idée des vitesses à utiliser en fonction du sujet:

  • Personne statique : 1/100 sec
  • Personne qui marche : 1/250 sec
  • Animaux lents / Sport : 1/500 sec
  • Animaux rapides (principalement les oiseaux ou insectes) : 1/1000 sec minimum

3. S’assurer de la bonne mise au point

La mise au point et l’autofocus feront l’objet d’un article complet tant il y a à dire sur le sujet mais pour aujourd’hui, on va tout de même voir quelques bases pour éviter que vous ne fassiez la mise au point à côté de votre sujet:

La plupart des appareils photo aujourd’hui disposent de la fonction Autofocus, ce qui veut dire que quand vous appuyez sur votre déclencheur, votre appareil décide d’où faire la mise au point et va bouger les lentilles de l’objectif en fonction.

Le problème bien sur c’est que votre appareil a beau être un bijou de technologie, il ne sait pas lire dans vos pensées et n’arrive pas toujours à comprendre quel est le sujet. C’est comme ça qu’on se retrouve souvent en débutant avec une photo floue vu que l’appareil a fait la mise au point a côté.

Dès que vous sortez du mode Tout Automatique, vous avez la possibilité d’indiquer à votre appareil où faire la mise au point en utilisant les collimateurs (promis je vous donnerai tous les détails là-dessus une autre fois 😉 ), ces petits carrés ou rectangles noirs qui s’affichent dans le viseur. En utilisant la molette de votre appareil (ou en appuyant directement sur l’écran tactile pour certains appareils), vous pouvez indiquer à votre appareil où vous souhaitez faire la mise au point et le collimateur sélectionné devient rouge.

Et c’est comme ça qu’on peut choisir de faire la mise au point sur l’œil de votre sujet et non sur son nez ! (Avouez que ça rends quand même mieux non ?)

Après vous pouvez bien entendu passer en mise au point manuelle (il y a généralement un bouton sur votre objectif pour ça) et là c’est à vous de faire tourner l’objectif jusqu’à obtenir une mise au point qui vous satisfait. C’est très utile pour la macro-photographie par exemple où on besoin de précision mais ce n’est pas forcement le plus simple pour débuter. Je vous conseille de bien maîtriser l’autofocus et la sélection de collimateur avant de vous lancer là-dedans.

4. Adapter l’ouverture

Comme on a pu le voir précedemment, l’ouverture détermine la zone de netteté de votre photo. Du coup si vous choisissez une grande ouverture, vous risquez de ne pas avoir toute votre photo nette. Et même si le flou d’arrière plan est bien utile pour isoler votre sujet sur la photo, il faut tout de même s’assurer que votre sujet lui même reste net. Pour ça, il suffit juste de fermer un peu plus votre objectif en diminuant l’ouverture (avec un f/X plus petit, par exemple en passant de f/1.8 a f/5.2).

Il faut savoir aussi que plus votre focale est grande et plus la zone de netteté est réduite à ouverture égale.

Par exemple si vous utilisez un objectif à 70mm, avec une ouverture de f/2.8, la zone de netteté sera beaucoup plus étendue que si vous utilisez une focale de 190mm comme vous pouvez le voir sur l’exemple ci-dessous:

5. Choisir une sensibilité adaptée

La sensibilité, c’est un peu le paramètre à modifier en dernier ressort quand vous n’avez pas assez de lumière pour obtenir une photo suffisamment exposée. Aujourd’hui, les appareils photos sont plutôt performants et permettent de monter en ISO sans que ce soit trop flagrant mais si on en abuse, cela se voit sur la photo. Si vous n’avez pas assez de lumière pour prendre une photo à main levée, il vaut mieux utiliser un trépied que de régler la sensibilité ISO au maximum.

Je vous conseille de faire le test avec votre propre appareil pour voir jusqu’à combien vous pouvez monter sans que ça ne dégrade trop la photo pour avoir une valeur limite à ne pas appliquer.

Sinon vous pouvez appliquer la règle générale suivante:

Ne pas aller au delà de la moitié de la sensibilité maximale de votre appareil

Donc si votre appareil peut aller jusqu’à ISO 12800, il vaut mieux ne pas dépasser ISO 6400 pour éviter d’avoir du grain sur votre photo qui lui fait perdre en netteté.

6. Shooter en RAW et retraiter ses photos

Alors comme je vous l’ai dit plus haut, si vous shootez en RAW, vous risquez d’être un peu déçu par la netteté brute de vos photos, du coup vous allez me dire « pourquoi ne pas plutôt utiliser le format JPEG qui est déjà retraite? »

Alors oui vous pouvez aussi uniquement shooter en JPEG sauf que ça veut dire que vous laissez votre appareil faire le choix sur le retraitement, et ce n’est pas toujours ce que vous aviez en tête.

Que ce soit par rapport a la netteté ou les autres paramètres, le fait de shooter en RAW vous permet d’avoir une photo brute et de ne pas perdre en qualité en retraitant, tandis que si vous retraitez votre photo au format JPEG, vous allez forcement dégrader l’image.

Si votre appareil le permet (et maintenant même certains téléphones le permettent), enregistrez toujours vos images en RAW + JPEG, cela vous permettra de prévisualiser la photo sur l’écran de votre appareil photo mais de pouvoir post-traiter votre photo brute si le résultat automatique ne vous convient pas (et quand vous aurez pris l’habitude, le résultat automatique ne vous conviendra jamais 😉 ).

Pour conclure

Et voila vous êtes arrive jusqu’au bout, bravo ! Vous savez désormais tout sur le flou et si vous suivez les 6 conseils que je vous ai donné, avec un peu de pratique, vous devriez être beaucoup plus satisfait de vos photos.

Bien sur, vous aurez toujours certaines photos floues de temps en temps, parce que votre sujet a bougé au dernier moment, parce que vous vous êtes un peu précipité pour déclencher mais au moins vous saurez maintenant en déterminer la cause pour résoudre le problème.

Et puis surtout, n’oubliez pas qu’une photo est là avant tout pour transmettre une émotion, une histoire, et que même si la mise au point n’est pas « parfaite », cela ne doit pas vous empêcher d’être satisfait du moment que vous avez pu capturer !

N’hésitez pas à me laisser un commentaire pour me dire ce que vous avez pensé de l’article ou si vous avez une question par rapport au flou dans les photos 🙂

One Reply to “Vos photos sont floues ? Je vous dis pourquoi et surtout comment y remédier”

  1. Merci pour cet article très complet qui a le mérite de bien creuser les sujets 🙂
    Les exemples aident beaucoup à visualiser les phénomènes de flous. D’ailleurs la photo du pont de Brooklyn est magnifique ! Bravo Miléna !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :